Il existe des sujets dont on parle peu.
Parce qu'ils touchent à l'intime.
Parce qu'ils touchent à la sexualité.
Parce qu'ils touchent à la peur de l'invisible.
Et parce que, parfois, certaines expériences sont si puissantes qu'elles bouleversent complètement notre manière de comprendre ce qui nous arrive.
Certaines personnes racontent ressentir, la nuit, une présence.
Une énergie.
Un contact.
Une sensation d'être observées, touchées ou rejointes dans leur intimité.
Parfois, ces expériences prennent la forme de rêves érotiques d'une intensité inhabituelle.
Parfois, elles deviennent récurrentes.
Parfois, la personne se réveille avec la sensation très nette de ne pas avoir été seule.
Dans certaines traditions, on parle alors d'incubes, de succubes, de maris de nuit ou de femmes de nuit.
D'autres traditions rapprochent ces phénomènes de certains djinns ou d'entités évoluant dans des plans invisibles.
Mais derrière toutes ces appellations se trouve une question essentielle :
Que se passe-t-il lorsque notre énergie sexuelle devient un point de connexion avec quelque chose que nous ne comprenons pas ?
L'énergie sexuelle : une force de création
L'énergie sexuelle n'est pas uniquement liée à la sexualité.
Elle est aussi l'énergie de la création.
De la vitalité.
Du désir.
De l'élan.
De la fusion.
De l'attraction.
Lorsque nous ressentons du désir, quelque chose se met en mouvement dans notre corps et dans notre conscience.
Notre attention se focalise.
Notre énergie se dirige.
Notre imagination s'active.
Notre corps se prépare à vivre une expérience intense.
Dans de nombreuses traditions ésotériques, l'énergie sexuelle est considérée comme l'une des forces les plus puissantes de l'être humain.
Pourquoi ?
Parce qu'elle peut mobiliser simultanément :
-
le corps ;
-
les émotions ;
-
l'imagination ;
-
les pensées ;
-
les sensations ;
-
la conscience ;
-
le désir de fusion.
Et lorsque plusieurs de ces dimensions se rencontrent, il peut se créer un lien très fort.
Certaines traditions appellent ce lien un cordon énergétique.
D'autres parlent de connexion vibratoire.
D'autres encore parlent de contrat énergétique.
Qu'est-ce qu'un contrat énergétique ?
Un contrat énergétique n'est pas nécessairement un pacte conscient.
Il peut se créer sans que nous en ayons conscience.
Chaque fois que nous investissons profondément notre énergie dans quelque chose, nous pouvons créer un lien.
Avec une personne.
Avec une émotion.
Avec une habitude.
Avec une image.
Avec un fantasme.
Avec un lieu.
Avec une croyance.
Avec une entité, selon certaines traditions spirituelles.
Le lien se renforce par la répétition.
Plus nous revenons vers une même expérience, plus elle peut devenir familière.
Et plus elle devient familière, plus notre énergie se dirige facilement vers elle.
C'est ainsi qu'une personne peut avoir le sentiment de ne plus réellement choisir.
Elle ne se demande plus :
« Est-ce que j'en ai envie ? »
Mais ressent plutôt :
« Il faut que je le fasse. »
La différence peut être subtile.
Mais elle est fondamentale.
Quand le désir devient une compulsion
Le désir est libre.
La compulsion, elle, donne l'impression d'être poussée.
On peut ressentir :
-
une envie qui apparaît brutalement ;
-
une difficulté à résister ;
-
une répétition malgré la fatigue ;
-
un besoin d'augmenter l'intensité ;
-
un sentiment de vide après l'expérience ;
-
une sensation de ne jamais être réellement satisfaite.
Dans une lecture psychologique, cela peut correspondre à un mécanisme de récompense et de régulation émotionnelle.
Dans une lecture énergétique, certaines personnes parleront d'une énergie qui s'est organisée autour d'un circuit répétitif.
Dans une lecture ésotérique, certaines traditions évoquent alors la possibilité d'une connexion avec un égrégore.
L'égrégore sexuel : une énergie collective
Un égrégore peut être compris comme une forme-pensée collective nourrie par les pensées, les émotions et l'énergie de nombreuses personnes.
Un groupe religieux peut créer un égrégore.
Un mouvement politique peut en créer un.
Une communauté peut en créer un.
Et, selon certaines traditions ésotériques, les émotions puissantes et répétées peuvent également nourrir des champs énergétiques collectifs.
La sexualité, parce qu'elle mobilise une grande quantité d'énergie émotionnelle et corporelle, est parfois considérée comme une force particulièrement puissante dans ce processus.
Cela peut alors amener certaines personnes à se demander :
Est-ce que je suis simplement en train de vivre mon désir… ou est-ce que je nourris quelque chose qui finit par me réclamer de l'énergie ?
Cette question peut être comprise spirituellement.
Mais elle peut également être comprise psychologiquement.
Car une habitude répétée peut elle aussi devenir une structure qui semble nous réclamer notre attention.
Dans les deux cas, la question reste la même :
Est-ce que je suis encore dans un choix conscient ?
Les « maris » et « femmes de nuit »
Dans différentes traditions, on retrouve des récits de présences nocturnes ayant une dimension sexuelle.
L'entité peut être décrite comme :
-
un amant invisible ;
-
une présence masculine ou féminine ;
-
un être qui apparaît dans les rêves ;
-
une énergie qui revient régulièrement ;
-
une présence qui se manifeste au moment de l'endormissement ;
-
ou une force ressentie dans des états de conscience modifiés.
Dans certaines traditions, on parle d'un mari de nuit ou d'une femme de nuit.
L'idée est celle d'une relation invisible.
Une relation qui peut parfois donner l'impression d'être ancienne.
Familière.
Intense.
Et parfois même plus forte que certaines relations vécues dans le monde physique.
C'est précisément ici qu'il est important d'être extrêmement vigilant.
Car toute relation qui demande de plus en plus d'énergie, qui génère de la peur, qui impose une sensation de devoir ou qui diminue la liberté intérieure mérite d'être questionnée.
Qu'elle soit spirituelle ou psychologique.
Comment reconnaître un lien qui nous déséquilibre ?
Certaines personnes décrivent plusieurs signes lorsqu'elles ont le sentiment d'être prises dans une relation énergétique ou invisible :
1. Une répétition incontrôlable
L'expérience revient encore et encore.
Même lorsqu'on souhaite s'en éloigner.
2. Une fatigue persistante
Après l'expérience, la personne ne se sent pas nourrie, apaisée ou vivifiée.
Elle se sent vidée.
3. Une perte de liberté
Le désir devient une obligation intérieure.
4. Une intensification progressive
Il faut toujours plus d'intensité pour ressentir la même chose.
5. Un isolement
Les relations réelles deviennent moins intéressantes.
La personne se réfugie dans son monde intérieur.
6. Une sensation de présence
Elle a l'impression d'être accompagnée, observée ou sollicitée.
7. Une difficulté à fermer la porte
Elle souhaite arrêter certaines pratiques, mais n'y parvient pas.
Ces signes ne prouvent pas la présence d'une entité.
Ils peuvent également être liés à des mécanismes psychologiques, à des troubles du sommeil, à l'anxiété ou à une compulsion.
Mais ils indiquent toujours quelque chose d'important :
Une partie de la personne n'a plus le sentiment d'être pleinement libre.
Et c'est cela qu'il faut écouter.
Le piège du « contrat »
Dans certaines croyances, on parle de contrats énergétiques ou spirituels.
Certaines personnes pensent avoir signé, consciemment ou inconsciemment, un pacte avec une entité.
Il est important de rester prudent avec cette idée.
Car croire que l'on est définitivement lié à une force extérieure peut parfois renforcer la peur.
Et la peur est elle-même une forme d'attachement.
Dans une lecture symbolique, un « contrat » peut représenter :
-
une croyance profondément ancrée ;
-
une répétition ;
-
une promesse intérieure ;
-
un traumatisme ;
-
une dépendance ;
-
un attachement ;
-
une habitude ;
-
une loyauté inconsciente.
Par exemple :
« Je ne serai jamais aimé autrement. »
« Je n'ai besoin de personne dans le monde réel. »
« Le plaisir est le seul endroit où je me sens bien. »
« Je dois rester fidèle à cette présence. »
« Si je m'en éloigne, quelque chose de terrible va arriver. »
Ces phrases peuvent devenir de véritables contrats intérieurs.
Et parfois, ce sont ces contrats-là qu'il faut dissoudre en premier.
Et si l'entité était aussi une projection ?
Dans certaines approches de la psychologie des profondeurs, l'être humain peut projeter à l'extérieur des parties de lui-même qu'il ne reconnaît pas.
Un désir refoulé peut prendre la forme d'une présence.
Une peur peut prendre la forme d'une menace.
Une part de soi peut être ressentie comme « autre ».
Cela ne signifie pas que l'expérience n'est pas réelle pour la personne.
Cela signifie simplement que notre psychisme peut donner une forme à ce que nous ne parvenons pas encore à intégrer.
La question pourrait alors devenir :
Quelle partie de moi est-ce que je rencontre à travers cette présence ?
Est-ce mon désir ?
Ma solitude ?
Ma peur de l'intimité ?
Mon besoin de fusion ?
Ma puissance sexuelle ?
Ma part sauvage ?
Mon besoin d'être aimé ?
Mon ombre ?
Le discernement : la véritable protection
Le discernement est essentiel dans toute exploration spirituelle.
Il ne s'agit pas de nier l'invisible.
Mais il ne s'agit pas non plus de lui donner automatiquement raison.
Une expérience intense n'est pas nécessairement une expérience spirituelle.
Un rêve lucide n'est pas nécessairement une rencontre avec une entité.
Une paralysie du sommeil n'est pas nécessairement une attaque.
Une envie compulsive n'est pas nécessairement une possession.
Et inversement, une personne peut vivre une expérience qu'elle considère comme profondément spirituelle et avoir besoin d'un espace pour l'explorer sans être ridiculisée.
La bonne question n'est donc pas toujours :
« Est-ce réel ? »
Mais plutôt :
« Cette interprétation m'aide-t-elle à retrouver ma liberté ou m'enferme-t-elle davantage dans la peur ? »
Reprendre son énergie
Si une personne ressent qu'elle est prise dans une relation, une habitude ou une dynamique qui la dépasse, elle peut commencer par revenir à elle.
Pas dans la peur.
Pas dans la lutte.
Pas dans l'obsession.
Mais dans la présence.
Elle peut poser intérieurement une intention claire :
« Je reprends pleinement possession de mon corps, de mon énergie, de mon désir et de ma conscience. Je ne consens à aucun lien qui ne respecte pas ma liberté et mon intégrité. »
Puis revenir au corps.
Respirer.
Sentir ses pieds.
Bouger.
S'ancrer.
Observer ses habitudes.
Questionner ses besoins.
Et, si l'expérience devient très envahissante ou provoque une souffrance importante, chercher également un accompagnement psychologique ou médical adapté.
La spiritualité ne devrait jamais nous empêcher de prendre soin de notre santé mentale et physique.
La question ultime
Peut-être que la véritable question n'est pas :
« Quel être vient me visiter dans la nuit ? »
Mais :
« Qu'est-ce qui, en moi, est en train de chercher une connexion ? »
Et peut-être que la véritable libération ne consiste pas à combattre une présence.
Mais à récupérer ce que nous avons donné :
Notre attention.
Notre énergie.
Notre pouvoir de choisir.
Notre capacité à ressentir.
Notre capacité à aimer.
Notre capacité à habiter notre corps.
Car parfois, la plus grande porte ouverte n'est pas celle qui mène vers l'invisible.
C'est celle que nous avons laissée ouverte en nous.
Et lorsque nous revenons pleinement à nous-mêmes…
Lorsque nous cessons de fuir notre solitude…
Lorsque nous apprenons à reconnaître nos désirs sans en devenir esclaves…
Lorsque nous réconcilions notre corps, notre cœur et notre conscience…
Alors quelque chose change.
Nous ne sommes plus seulement traversés par nos énergies.
Nous devenons capables de les habiter.
Et peut-être est-ce là, finalement, la véritable protection :
ne plus abandonner son pouvoir à ce que l'on ne comprend pas encore.
Parce que l'invisible peut être exploré.
Le mystère peut être honoré.
Le spirituel peut être accueilli.
Mais notre liberté intérieure…
ne devrait jamais être négociée.
Les Racines de l'Âme
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