Lire une description permet parfois de mettre des mots sur ce que nous vivons. Mais se reconnaître dans quelques caractéristiques ne suffit pas toujours.
Pour comprendre réellement nos mécanismes, il faut parfois observer ce qui se passe dans notre quotidien, dans nos pensées, nos réactions, nos relations et même dans notre corps.
Le syndrome de l’imposteur, le fonctionnement caméléon et ce que l’on appelle parfois le syndrome de Cassandre peuvent se manifester de manière très différente. Pourtant, ils peuvent avoir quelque chose en commun : une difficulté à trouver ou à conserver sa place sans dépendre constamment du regard, de l’approbation ou de la reconnaissance des autres.
Les exercices proposés ici ne constituent pas un diagnostic psychologique. Le syndrome de l’imposteur désigne un phénomène psychologique largement étudié, tandis que les expressions syndrome du caméléon et syndrome de Cassandre sont davantage utilisées comme des images permettant de décrire certains fonctionnements relationnels et émotionnels.
Ces exercices sont donc avant tout des invitations à l’introspection.
Prenez un carnet, accordez-vous un moment au calme et essayez de répondre le plus spontanément possible.
Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse.
Exercice 1 : les trois phrases révélatrices
Complétez ces trois phrases sans trop réfléchir.
Lorsque je réussis quelque chose, je pense souvent...
Lorsque je sens que quelqu’un pourrait ne pas m’apprécier, j’ai tendance à...
Lorsque je suis convaincu de quelque chose mais que personne ne semble m’écouter, je...
Relisez ensuite vos réponses.
Si la première phrase fait apparaître des pensées comme j’ai eu de la chance, ce n’était pas si compliqué, n’importe qui aurait pu le faire ou ils vont finir par découvrir que je ne suis pas aussi compétent qu’ils le pensent, il peut être intéressant d’explorer la piste de l’imposteur.
Si la deuxième phrase vous amène à modifier votre comportement, à vous taire, à faire plaisir, à éviter les conflits ou à devenir la personne que l’autre semble attendre, vous pouvez explorer la piste du caméléon.
Si la troisième révèle un besoin intense de convaincre, d’alerter, de vous justifier, de répéter ou au contraire l’envie de ne plus rien dire parce que vous avez le sentiment que personne ne vous écoute, vous pouvez explorer la piste de Cassandre.
Explorer l’imposteur
Le syndrome de l’imposteur nous amène souvent à minimiser ce que nous accomplissons.
Nous pouvons reconnaître facilement les qualités et les compétences des autres tout en ayant beaucoup plus de difficultés à reconnaître les nôtres.
Exercice 2 : le dossier des preuves
Pensez à trois réussites récentes.
Elles n’ont pas besoin d’être extraordinaires. Il peut s’agir d’une réussite professionnelle, d’une décision personnelle, d’une difficulté traversée ou simplement de quelque chose dont vous êtes satisfait.
Pour chacune, répondez aux questions suivantes.
Qu’ai-je réussi ?
Qu’est-ce que j’ai tendance à me dire pour minimiser cette réussite ?
Quelles compétences personnelles ai-je réellement utilisées pour y parvenir ?
Que dirais-je à un ami ayant obtenu exactement le même résultat ?
Comparez ensuite la manière dont vous parlez de vous avec celle dont vous parleriez à quelqu’un que vous aimez.
Êtes-vous aussi juste avec vous-même qu’avec les autres ?
Puis posez-vous une question supplémentaire.
Qu’est-ce qui deviendrait inconfortable pour moi si j’acceptais pleinement l’idée que je suis compétent ?
Cette question peut sembler étrange.
Pourtant, derrière la peur de l’échec se cache parfois une autre peur : celle de devenir visible, de prendre sa place ou d’assumer pleinement ses capacités.
Exercice 3 : attraper l’imposteur sur le fait
Pendant sept jours, observez les moments où certaines pensées apparaissent.
Je ne suis pas assez compétent.
Je ne suis pas légitime.
Les autres savent mieux que moi.
J’ai simplement eu de la chance.
Je dois encore apprendre avant de pouvoir me lancer.
Chaque fois que l’une de ces pensées apparaît, notez quatre éléments.
La situation
La pensée automatique
L’émotion ressentie
Votre réaction
Par exemple :
On me propose une nouvelle responsabilité.
Je pense que je ne suis pas assez expérimenté.
Je ressens de la peur.
Je refuse la proposition.
Ajoutez ensuite une dernière question.
Les faits objectifs confirment-ils réellement ce que je pense ?
Petit à petit, cet exercice permet de distinguer ce que nous ressentons de ce qui est objectivement observable.
Explorer le caméléon
S’adapter aux autres est parfaitement normal.
Nous ne nous comportons pas exactement de la même manière avec notre employeur, nos enfants, nos amis ou notre partenaire.
Le problème apparaît lorsque l’adaptation devient un effacement.
Lorsque nous ne nous demandons plus ce que nous voulons, mais uniquement ce que l’autre attend de nous.
Exercice 4 : qui suis-je avec qui ?
Prenez une feuille et pensez à plusieurs personnes ou environnements importants dans votre vie.
Votre famille
Votre couple
Vos amis
Votre travail
Les réseaux sociaux
Les personnes que vous admirez
Les personnes dont vous recherchez particulièrement l’approbation
Pour chacun de ces environnements, posez-vous cette question.
Quelle version de moi apparaît ici ?
Suis-je plus silencieux ?
Plus drôle ?
Plus fort ?
Plus fragile ?
Plus accommodant ?
Plus performant ?
Plus discret ?
Puis demandez-vous :
Qu’est-ce que je m’interdis de montrer avec cette personne ?
C’est souvent cette deuxième question qui permet d’aller plus profondément dans l’introspection.
La question n’est pas de savoir si nous adaptons notre comportement.
Nous le faisons tous.
La véritable question est :
Est-ce que je m’adapte tout en restant moi-même ou est-ce que je m’efface pour préserver la relation ?
Exercice 5 : le non impossible
Repensez aux trois dernières fois où vous avez dit oui alors que vous aviez envie de dire non.
Pour chacune de ces situations, demandez-vous :
Qu’est-ce que je voulais réellement ?
Qu’ai-je finalement fait ?
Qu’est-ce que je craignais qu’il arrive si je disais non ?
Puis terminez cette phrase :
Si je montre réellement qui je suis ou ce que je veux, j’ai peur que...
Laissez venir la réponse.
On va m’abandonner.
Je vais décevoir.
On va penser que je suis égoïste.
On ne m’aimera plus.
Il va y avoir un conflit.
On va me rejeter.
Ne cherchez pas immédiatement à corriger cette pensée.
Observez-la simplement.
Le caméléon ne cherche pas nécessairement à tromper les autres ou à jouer un personnage.
Il peut simplement avoir appris, parfois très tôt, que l’adaptation était le prix à payer pour conserver le lien avec les autres.
Exercice 6 : une journée sans demander intérieurement la permission
Pendant une journée, observez vos petites décisions.
Qu’ai-je réellement envie de manger ?
Comment ai-je envie de m’habiller ?
Ai-je envie de répondre immédiatement à ce message ?
Ai-je réellement envie de cette sortie ?
Quelle est mon opinion avant d’entendre celle des autres ?
Qu’est-ce que mon corps me dit ?
Qu’est-ce que je choisirais si personne ne pouvait me juger ?
L’objectif n’est pas de devenir individualiste ou de ne plus tenir compte des autres.
Il s’agit simplement de retrouver une étape que nous pouvons parfois oublier.
Qu’est-ce que moi, je pense, je ressens ou je désire ?
Avant de se demander :
Qu’attend-on de moi ?
Explorer Cassandre
Dans la mythologie grecque, Cassandre pouvait annoncer ce qui allait arriver mais était condamnée à ne jamais être crue.
Aujourd’hui, son histoire est parfois utilisée comme métaphore pour parler du sentiment de voir, ressentir ou comprendre quelque chose sans parvenir à être entendu.
Cette expérience peut devenir particulièrement douloureuse lorsqu’elle se répète.
Mais elle nécessite aussi une capacité essentielle : apprendre à distinguer ce que nous savons, ce que nous ressentons et ce que nous interprétons.
Exercice 7 : je sais, je ressens ou j’interprète ?
Pensez à une situation dans laquelle vous avez eu le sentiment de ne pas être entendu.
Divisez une feuille en trois parties.
Dans la première, écrivez :
Ce que je sais.
Notez uniquement les faits observables.
Dans la deuxième :
Ce que je ressens.
Notez vos émotions, vos sensations corporelles, vos impressions et vos intuitions.
Dans la troisième :
Ce que j’interprète.
Notez ce que vous supposez concernant les intentions des autres, l’avenir ou la signification de la situation.
Cet exercice permet de respecter son ressenti sans automatiquement transformer celui-ci en certitude.
Nous pouvons ressentir quelque chose très fortement et néanmoins prendre le temps de vérifier ce qui appartient aux faits, à notre intuition, à notre histoire personnelle ou à nos peurs.
Exercice 8 : à qui essayez-vous encore de faire entendre quelque chose ?
Posez-vous cette question.
Quelle personne ai-je passé énormément de temps à essayer de convaincre ?
Puis écrivez :
Ce que j’aimerais qu’elle comprenne.
Pourquoi est-ce si important pour moi qu’elle le comprenne ?
Que ressentirais-je si elle ne le comprenait jamais ?
Puis vient probablement la question la plus importante :
Ai-je besoin que cette personne reconnaisse mon expérience pour m’autoriser moi-même à la reconnaître ?
Parfois, la souffrance ne vient plus uniquement de ce qui s’est produit.
Elle vient également du combat permanent pour obtenir de quelqu’un la reconnaissance de ce que nous avons vécu, ressenti ou compris.
Exercice 9 : observer son rapport à la parole
Pendant une semaine, observez les situations dans lesquelles vous répétez plusieurs fois la même chose.
Remarquez également lorsque vous multipliez les explications pour être compris, lorsque vous ressentez une forte frustration face à quelqu’un qui ne partage pas votre perception ou lorsque vous ressentez le besoin de démontrer que vous aviez raison.
Observez également les moments où vous choisissez de vous taire parce que vous pensez que personne ne vous écoutera.
Puis demandez-vous :
Est-ce que je cherche à transmettre quelque chose ou est-ce que je cherche à obtenir une validation ?
Les deux peuvent parfois se confondre.
Les distinguer peut changer profondément notre manière de communiquer.
Exercice 10 : le triangle imposteur, caméléon et Cassandre
Dessinez trois cercles qui se croisent.
Dans le premier, écrivez :
Je doute de moi.
Dans le deuxième :
Je me modifie pour les autres.
Dans le troisième :
Je ne me sens pas entendu.
Placez maintenant dans ces cercles des situations concrètes de votre vie.
Vous pourriez découvrir quelque chose d’intéressant.
Ces trois mécanismes peuvent parfois se nourrir mutuellement.
Je doute de moi.
Je recherche davantage l’approbation extérieure.
Je m’adapte pour être accepté.
Mes véritables besoins sont de moins en moins exprimés.
Lorsque j’essaie enfin de parler, je ne me sens pas entendu.
Je finis par douter encore davantage de ma propre perception.
Et le cercle recommence.
Exercice 11 : remonter à la racine
Choisissez maintenant le mécanisme dans lequel vous vous reconnaissez le plus.
Puis complétez les phrases suivantes.
J’ai probablement appris à fonctionner ainsi lorsque...
À cette époque, ce comportement me permettait de...
Aujourd’hui, il me protège encore de...
Mais il m’empêche aussi de...
Cette dernière phrase est particulièrement importante.
Un mécanisme qui nous limite aujourd’hui a parfois été autrefois une stratégie d’adaptation utile.
Nous avons pu apprendre à nous faire petits pour éviter les conflits.
À devenir performants pour recevoir de la reconnaissance.
À observer constamment les autres pour anticiper leurs réactions.
À nous adapter pour conserver leur affection.
À insister pour être entendus lorsque notre parole était régulièrement minimisée.
L’objectif n’est donc pas de juger cette partie de nous.
Il s’agit de comprendre pourquoi elle existe.
Puis de se demander :
Ai-je encore besoin de cette stratégie aujourd’hui ?
Exercice 12 : écouter ce que dit le corps
Installez-vous dans un endroit calme.
Fermez les yeux quelques instants et prenez le temps de respirer naturellement.
Puis pensez à cette phrase :
Je suis légitime.
Observez simplement ce qui se passe dans votre corps.
Puis pensez :
Je peux être moi-même même si cela ne plaît pas à tout le monde.
Observez à nouveau.
Enfin, pensez :
Ma parole a de la valeur même lorsque quelqu’un ne la reconnaît pas.
Que ressentez-vous ?
Une tension ?
Une gorge qui se serre ?
Une respiration qui change ?
Une sensation d’inconfort ?
Une envie de pleurer ?
Une résistance intérieure ?
Ou au contraire une sensation d’apaisement ?
Ne cherchez pas nécessairement à expliquer immédiatement votre réaction.
Observez-la.
Notre corps peut parfois réagir à une affirmation avant même que notre esprit ait trouvé les mots pour expliquer pourquoi.
Trois permissions à se donner
Si vous vous reconnaissez dans l’imposteur, essayez de vous rappeler ceci :
Je peux apprendre, me tromper et ne pas tout savoir sans que cela remette en question ma valeur ou ma légitimité.
Si vous vous reconnaissez dans le caméléon :
Je peux appartenir à une relation sans avoir à disparaître à l’intérieur de celle-ci.
Si vous vous reconnaissez dans Cassandre :
Je peux exprimer ce que je perçois et ce que je ressens sans faire dépendre toute la valeur de ma parole de la réaction de l’autre.
Et si vous vous reconnaissez dans les trois, peut-être que la question n’est finalement pas :
Quel syndrome ai-je ?
Mais plutôt :
À quel moment ai-je appris qu’être pleinement moi-même n’était pas suffisamment sécurisant ?
Se comprendre plutôt que se coller une étiquette
Le but de ces exercices n’est pas de nous enfermer dans une nouvelle identité.
Je suis un imposteur.
Je suis un caméléon.
Je suis une Cassandre.
Nous sommes toujours beaucoup plus complexes qu’une étiquette.
Ces mots peuvent simplement devenir des portes d’entrée permettant de comprendre certaines stratégies que nous avons développées pour nous protéger, appartenir à un groupe, être reconnus ou conserver des relations importantes.
Une personne peut d’ailleurs se reconnaître dans plusieurs de ces fonctionnements selon les périodes ou les domaines de sa vie.
La véritable question n’est donc peut-être pas de savoir quel syndrome nous correspond.
Elle pourrait être :
Qu’est-ce que ce mécanisme essaie de protéger en moi ?
Puis une seconde question :
Qu’est-ce qu’il me coûte aujourd’hui ?
Car certains mécanismes qui nous ont autrefois protégés peuvent finir par nous empêcher de vivre pleinement.
Les comprendre ne signifie pas les combattre.
Cela signifie peut-être commencer à leur dire :
Je comprends pourquoi tu es apparu.
Je comprends ce que tu as essayé de protéger.
Mais aujourd’hui, je peux peut-être apprendre une autre manière d’être moi.
Et c’est souvent là que commence le chemin vers soi.
Les Racines de l'Âme
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